A look at a thoughtful and poetic documentary on Lebanese quests for identity/Un regard sur un documentaire profond et poétique concernant la quête Libanaise de l’identité.
At some point in our lives, we inevitably look for a refuge, a space, a place where we can relate and ultimately identify ourselves in. Growing up in different countries, and spending a significant amount of our time away from our ‘home’ culture might cause us to feel lost, disoriented and even nostalgic. Pays Rêvé takes us on board an existential exploration of identity and cultural affiliation. / Durant une certaine période de notre vie, nous nous lançons à la recherche d’un refuge, un espace ou un endroit auquel nous pouvons nous identifier et nous sentir finalement confortable. Grandir dans des pays divers, loin de notre pays d’origine, peut nous rendre désorienté, perdu et même nostalgique. Pays Rêvé nous embarque dans une quête existentielle de l’identité et de l’affiliation culturelle.

Jihane Chouaïb’s Pays Rêvé touches upon this deep human necessity to belong and feel part of a nation, but the documentary goes beyond these themes, notably because it deals with such a problematic country: Lebanon. At the advent of the Civil War in the mid 70’s, many families had the chance to flee to safer countries such as France, Canada and Mexico – among others. Nada (Jihane’s sister), Patric Chiha, Katia Jarjoura and Wajdi Mouawad were all youngsters in the 70’s when their families escaped shortly after the war broke out. They are now in their late thirties, they have come back and things have changed. Throughout the 85 minute documentary, we explore their present day relationship with Lebanon, that reaches to connect with their faraway childhood. / Pays Rêvé de Jihane Chouaïb touche sur la profonde nécessité que nous avons d’appartenir à une nation. Par contre, le documentaire aborde des thèmes beaucoup plus compliqués car il se concentre sur un pays assez problématique: le Liban. Pendant la guerre civile vers le milieu des années 70, de nombreuses familles ont dû s’exiler dans des pays comme la France, le Canada et le Mexique – entre d’autres. Parmi eux, Nada (la soeur de Jihane), Patric Chiha, Katia Jarjoura et Wajdi Mouawad avaient tous environ 10 ans quand leur familles se sont échappées dès que la guerre a éclaté. Aujourd’hui, ils reviennent au Liban, pour voir que les choses ont changé. Durant les 85 précieuses minutes du documentaire, ils nous racontent leur relation présente avec le Liban qui essaye, en vain, de faire le lien avec leur passé lointain.

Stranger in a Strange Land / Une terre étrangère.

After landing at Beirut airport, Nada who grew up in Mexico, explains how she immediately feels like a stranger in her own land. Leaving customs and passing through the sliding doors that lead to a crowd of local Lebanese faces, trying to identify each traveler as one of their loved ones. Immediately she feels awkward and uncomfortable. She longs to be part of it, yet she feels detached from the country. And the echo of Jihane’s off screen voice translates: “I try to catch it, but I hardly can.” / Après avoir atterri à l’aéroport de Beirut, Nada qui a grandi au Méxique, explique qu’elle se sent très mal une fois passée la douane. Elle traverse avec ses bagages, comme sur un catwalk, une foule de locaux qui essayent d’identifier les membres de leur famille qui débarquent. Immédiatement, elle se sent gênée, inconfortable. Nada avoue qu’elle a tellement envie de se sentir chez soi, mais quand même elle se sent détachée du pays. Puis, l’écho de la voix-off de Jihane traduit: “Je l’attrape, mais je n’y arrive pas.”

Often times we see Jihane’s camera filming Lebanon from a room, looking out a window through the blinds; probably from her grandmother’s house, where she explains she feels the most at home and relaxed. The camera manages to imitate the curiosity of an eye looking at and adjusting itself to a strange new world. To accompany the shots, Jihane’s beautiful voice reads from what seems to be a personal journal, poetic prose that attempts to put in words these complex emotions she feels towards her homeland. / Nous voyons souvent dans un style de cinéma vérité, la caméra de Jihane qui film les voisins et les rues, d’une chambre à travers les rideaux d’une fenêtre. Elle se trouve probablement dans l’appartement de sa grand mère où elle évoque son sentiment de tranquillité et d’aisance là-bas. La caméra réussi à imiter la curiosité d’un regard qui s’ajuste à un monde étrange et nouveau. Pour accompagner le visuel, on entend la voix rassurante de Jihane qui semble lire d’un journal intime, de la prose poétique qui tente de nous expliquer les émotions complexes qu’elle ressent envers son pays natal.

To Each His Own / A chacun son lien

Because the characters in the documentary all acquired a mixture of identities, it becomes hard to relate to a single nation. Katia Jarjoura, a journalist who grew up in Canada, describes how she feels as alienated in Canada as in Lebanon. She thinks it’s shameful not to speak Arabic, and not to have lived through the war. During the war in 2006, while she was covering the fighting in the South, she was struck by a bullet close to her stomach. She explains that “with the scar I was able to anchor myself here”. She feels she is now linked to the people and society. / Les personnages dans le documentaire ont acquis un mixe d’identités, par conséquent il est difficile de s’identifier à une unique nation. Katia Jarjoura, une journaliste qui a grandi au Canada, décrit comment elle se sent exclue autant au Canada qu’au Liban. Elle pense que c’est une honte de ne pas pouvoir parler et communiquer en Arabe, et surtout de ne pas avoir vécu la guerre. En 2006, lorsqu’elle couvrait les évènements violents au Sud du Liban, elle reçut une balle près de son nombril. Elle explique qu’avec cette cicatrice: “J’ai pu m’ancrer ici.” Elle sent maintenant un lien qui la rapproche des gens et de la société.

Wajdi Mouawad, on the other hand, clarifies how each of us perceives space differently, and how his Lebanon becomes a space he can identify with, but not an identity he can call his. Incendies, a play he wrote in 2003 touches upon very similar themes, as it deals with the daughter of an exiled woman in Montreal, returning to Lebanon to find answers to her past. / Wajdi Mouawad, par ailleurs, veut noter l’importante différence entre son espace identitaire, étant le Liban, et d’un autre coté l’identité elle même. Incendies, une pièce que Wajdi à écrite en 2003 évoque quelques même sujets: la fille d’une femme exilée à Montréal, qui retourne au Liban pour trouver des réponses à son passé.

Through characters such as Nada, we realize that the relationship we can have with our home country can be very complex. Nada is a dancer who grew up in Mexico. She has a deep love for oriental dance and uses dancing as a primary way of expressing herself. We clearly see in Pays Rêvé, through her corporeal performances in natural spaces – in Lebanon’s backcountry – the privileged role she is giving to the human body, and how it is trying to embrace the land. Nada’s dancing coupled with Jihane’s cinematography can be compared with the works of early experimental video pioneer Maya Deren. They are similar in terms of Jihane’s poetic structure and depth of her documentary. / À travers les personnages comme Nada par exemple, on réalise que la relation entre nous et notre pays natal peut être assez complexe. Nada a un amour primaire avec la danse. Notamment la danse orientale qu’elle utilise en tant que mode principal d’expression. Nous pouvons voir dans Pays Rêvé, à travers ses performances corporelles dans l’arrière pays Libanais, le rôle primordial qu’elle consacre au corps humain et à sa façon de rentrer en symbiose avec son entourage. La combinaison des performances de Nada et de la cinématographie de Jihane peuvent être comparés au travail de Maya Deren, une pionnière du cinéma expérimental dans les années 1940 et 1950. Leurs techniques sont similaires en termes de la structure poétique du film, créant une nouvelle dimension qui capte et entraine le spectateur dans la profondeur de la narration et le visuel.

A Generation On the Verge of Extinction / Une Génération en voie de disparition

The characters are all evolving through their personal exploration. They worry about the future, about how they are the last of their kind. They talk about “what is left of us?” It seems that Lebanon itself is also in deep transition. Its history is centered on war and tragedies. It has teared the country and its people apart. The characters themselves are in search of clarification, of answers whether concrete or emotional. Lebanon’s future is also very vague. Maybe because its people constantly turns to look at the past. But with time, things change. / Nous sentons l’évolution unique et personnelle de chaque personnage. Ils s’inquiètent du future comme quoi leur génération est une des seules à avoir vécu un pareil exil. Ils se posent la question: “que reste t-il de nous?” Il semble que le Liban aussi est en grande transition. Après avoir survécu tant de conflits internes, l’histoire du pays aujourd’hui se centre sur la guerre et les tragédies; et rend son peuple divisé, séparé. Les personnages eux-mêmes sont en recherche d’un éclaircissement, de réponses concrètes ou émotionnelles. Comme le Liban, qui, son futur reste très vague. Vu que le peuple se tourne constamment pour regarder vers le passé, on espère qu’avec le temps les choses vont changer pour définir un avenir, une culture et une identité propre et clair au Liban.

Jihane Chouaïb’s Pays Rêvé goes deep into our souls because every single one of us, somehow dreams of an ideal place that we can call home – as Wajdi strongly describes it, to make up for an “infinite but soft grief.” / Pays Rêvé de Jihane Chouaïb s’ancre dans nos cœurs car chacun d’entre nous se trouve toujours à la recherche d’un endroit que l’on peut appeler notre “chez-soi”. Comme Wajdi le décrit si bien, pour compenser un “chagrin infini et doux”.
 

Pays Rêvé will be released in France on October 31, 2012.

By Yann Traboulsi