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Comment êtes-vous arrivée sur ce projet ?

“Tramontane” est une co-production française. Le montage son était donc prévu en France, comme tout le reste de la post-production du film. Mais je travaille beaucoup pour Abbout Productions et suis très proche de Cynthia Zaven qui a composé la musique du film. J’ai eu la chance de travailler sur ce film grâce à eux.

Parlez-nous de la manière dont vous avez travaillé sur ce film.

Pour retranscrire l’univers du héros qui est aveugle, il y avait réellement un équilibre à trouver entre l’image, le son et la musique. Nous voulions créer une bande son qui soit délicate, calme, à l’image du film qui n’est jamais pathétique ou mélodramatique, et surtout qui laisse la place à la musique et au son.
Nous avons fait un vrai travail de design sonore en limitant les effets sonores et en se basant sur des sons réalistes, en jouant avec les silences, puis en cherchant toujours à épurer. On commence les scènes avec des couches d’ambiances, puis peu à peu on enlève les couches une après l’autre, pour essayer d’isoler le caractère encore plus, de suivre son aliénation. Il y a d’ailleurs une progression au fur et à mesure qu’on avance dans le film, on s’approche de plus en plus du personnage, de sa respiration et de son instrument. J’ai énormément appris grâce à ce film et le travail avec Vatché était passionnant. C’est un réalisateur qui écoute son film d’autant plus qu’il ne le voit.

Sur quel projet travaillez-vous en ce moment?

Je suis en train de finaliser un essai-documentaire que je réalise moi-même, qui était à la base un documentaire sonore basé sur les sons de l’underground de Beyrouth; découvrir les dessous de Beyrouth, et le paradoxe qu’on peut trouver entre la surface et le sous-sol de cette ville. Le projet s’est développé jusqu’à devenir un documentaire, image et son. Il est intitulé “Panoptique”.

Comment avez-vous commencé votre carrière dans le sound design de films?

Je suis née en 1976 durant la guerre civile. Depuis l’âge de 6 ans j’essayais de ne plus regarder les atrocités autour de moi, je fermais beaucoup les yeux et j’écoutais, j’essayais d’archiver dans ma mémoire tous les sons et les conversations qui se déroulaient dans mon entourage. C’était mon système d’auto-défense. J’ai grandi avec tous ces sons, et j’étais ravie quand j’ai découvert que je pouvais en faire mon métier. Je voulais, à travers mon travail sur les films, essayer de retrouver notre identité et l’identité d’une ville qu’on a presque perdue.
J’ai fais des stages de montage son à Paris sur des films libanais. En 2002-2003, j’ai acheté un matériel basique de montage son et je me suis lancée.

Quel est votre opinion sur l’état actuel/et futur de l’industrie du cinéma au Liban?

Je suis hyper optimiste et très heureuse de l’état actuel du cinéma libanais. Au début de mon parcours professionnel, je travaillais sur un film par an et même parfois tous les 2 ans. Cette année on a plus de 15 films libanais très diversifiés, et je pense que ça va monter encore plus en puissance. Les gens sont de plus en plus intéressés de voir des films libanais en salle. Je pense aussi que d’un point de vue technique, on a des équipes très compétentes qui sont à la hauteur des équipes internationales.
En parallèle, beaucoup d’initiatives sont mises en place grâce auxquelles on bénéficiera énormément, comme Lebanon Factory, avec Abbout Productions, La Cinémathèque de Beyrouth, et tout le travail de Metropolis et MC Distributions.

par Lisa Giacchero