Official Photo Myriam High res

Qu’est-ce qu’une sélection à la Semaine de la Critique de Cannes – comme celle de “Tramontane” réalisé par Vatché Boulghourjian et produit par Abbout – change pour un film ?

Indéniablement, c’est une visibilité beaucoup plus grande pour le film qui n’est plus considéré comme un petit film libanais, mais comme un film de qualité qui a ses chances sur le plan international. C’est un accès au marché mondial du cinéma, à une meilleure circulation et à une plus large audience par la suite.

Quels sont les autres projets portés par Abbout en ce moment?

Pour ce qui est de nos projets les plus avancés, nous avons produit le premier film de Nadim Tabet, “One of These Days” (titre français : Un jour comme un autre) qui est actuellement en montage et qui devrait être complètement terminé en début d’année prochaine.
Nous coproduisons un documentaire égyptien, “Amal” de Mohamed Siam, présenté cette année à Cannes à la Fabrique des cinémas du monde. Un projet où le réalisateur accompagne le questionnement identitaire d’une adolescente confrontée à la société patriarcale égyptienne et à un pays en pleine mutation qu’est l’Egypte d’aujourd’hui. Le réalisateur filme Amal, le caractère principal du film depuis 2011. On la voit grandir à l’écran et devenir une adulte qui doit, soit prendre la décision de se conformer à sa société, soit de continuer à se rebeller.
Enfin, nous terminons le montage de “Un certain Nasser”, documentaire réalisé par Antoine Waked et Badih Massaad et consacré au premier cinéaste indépendant libanais, Georges Nasser, qui a aujourd’hui 90 ans et dont le film “Ila Ayn” (titre français: Vers l’inconnu) a été le premier film libanais sélectionné en compétition au festival de Cannes en 1957, suivi par “Al gharib al saghir” (titre français: Le Petit étranger), aussi selectionné en compétition à Cannes à 1962.

Comment avez-vous commencé votre carrière dans la production de films?

J’ai découvert le monde de la production cinéma tout à fait par hasard. Un hasard qui fait bien les choses. Je venais de terminer mon master en recherche cinéma à l’IESAV quand j’ai rencontré Marie-Thérèse Arida, une productrice libano-argentine qui m’a embauché pour faire des recherches autour de ses projets et lire des scénarios.
Plus tard, elle m’a présenté Georges Schoucair, CEO et producteur à Abbout Productions. Il avait produit des films libanais que j’aimais comme ceux du duo Joana Hadjithomas-Khalil Joreige et de Ghassan Salhab. Nous avons commencé à travailler ensemble et c’est grâce à ces deux personnes exceptionnelles que j’ai découvert le monde magique de la production où j’ai trouvé ma place. Par la suite, j’ai suivi plusieurs ateliers de production dont le plus marquant était DocMed, une collaboration Beirut DC avec le programme Eurodoc. C’est ainsi que j’ai produit mon premier film “e muet” de Corine Shawi en 2013.

Quel est votre opinion sur l’état actuel et futur de l’industrie du cinéma au Liban?

Il existe aujourd’hui un vrai boom dans le cinéma libanais. Les projets de qualité augmentent, de jeunes réalisateurs émergent et les réalisateurs confirmés continuent à produire malgré les contraintes logistiques et financières. Nous avons une production continue de films d’auteur et de films grand public qui visent une audience plus large que celle des cinéphiles avertis.
Les organismes tels Metropolis, Beirut DC ou la Fondation Liban Cinéma montent des initiatives pour soutenir le cinéma avec des ateliers de scénario, des plateformes de coproduction et des festivals spécialisés qui s’orientent vers les gens de l’industrie. Les producteurs joignent leurs forces pour trouver des solutions à leurs problèmes quotidiens, et nous vivons une ébullition qui va sûrement donner naissance à d’excellents films qui vont marquer le paysage cinématographique libanais et arabe dans les années à venir.

par Lisa Giacchero