maya de freige
Présidente de la Fondation Liban Cinéma (FLC) depuis 2012, Maya de Freige revient sur les principaux défis auxquels est confronté le cinéma libanais et sur les moyens mis en œuvre pour les relever. Au cœur du projet, la création d’un fonds d’investissement au cinéma libanais.

Quelle est la raison d’être de la Fondation Liban Cinéma?

La fondation a été créée en 2003, suite à la nécessité de venir en aide au cinéma libanais qui ne trouvait pas écho auprès des pouvoirs publics. Malheureusement, l’Etat rencontre tellement d’autres problèmes que la culture est le parent pauvre de la politique en termes de budget.
La fondation avait un projet de mise en place d’un fonds de soutien qui ne pouvait se faire sans le soutien de l’Etat. Quinze ans plus tard, nous avons bien compris que l’on ne peut pas espérer un modèle français, comme le CNC, dont tout le monde rêve et qui est une chance exceptionnelle pour le cinéma. La fondation essaye néanmoins de tenir un discours de lobbying afin de mettre en place des mesures d’accompagnement qui puissent aider les cinéastes et les producteurs dans leur travail.
Si la création d’un fonds de soutien public n’est plus d’actualité, nous travaillons activement sur un fonds d’investissement au cinéma qui permettrait de financer une enveloppe de plusieurs films libanais. Ceci en faisant participer différents acteurs privés, tout en restant ouvert au financement public. A l’heure actuelle, nous sommes à l’étape de l’architecture de ce fonds. Nous passerons ensuite au démarchage des investisseurs. Aujourd’hui, la production augmente, les talents sont plus nombreux, les producteurs se professionnalisent et savent où trouver l’argent, monter des projets, intéresser les investisseurs.
Nous concevons notre action comme un travail de médiation entre les professionnels du secteur et les pouvoirs publics pour mettre en place des mesures.

Quelles mesures ont été prises jusqu’ici ?

Nous sommes parvenus à impliquer l’Autorité pour la promotion des investissements au Liban (IDAL), qui relève de l’autorité du Premier ministre, dans le soutien au cinéma. Celui-ci rentre désormais dans les prérogatives que cette autorité s’est fixée.
Dans ce cadre, il y a un projet de loi qui doit encore être voté pour l’exonération totale de taxe sur les bénéfices réalisés sur les films par les sociétés de production.
Avec l’Office du tourisme libanais en France, avec qui nous travaillons en étroite collaboration depuis 12 ans, nous avons aussi impliqué IDAL dans la promotion du cinéma pour financer la présence de films libanais dans les festivals internationaux, à commencer par Cannes, qui est le festival le plus important en terme de visibilité.
Nous avons aussi participé à la redynamisation de l’accord de coproduction avec la France. Le Liban vient de signer un nouvel accord plus moderne et simple, qui va permettre d’augmenter le nombre de productions libano-françaises. Jusqu’alors, de nombreux projets franco-libanais se faisaient en marge de l’accord de co-production, qui était plus strict. Ses films ne pouvaient pas bénéficier de l’aide du CNC.
La fondation facilite la recevabilité des films coproduits. Si le film remplit les critères de coproduction, alors il peut bénéficier de ce nouvel accord, c’est-à-dire une bi-nationalité qui lui permet de recevoir les avantages apportés par les deux pays.
Enfin, nous avons réfléchi avec la Banque centrale du Liban à la mise en place de mécanismes et d’outils financiers pour aider le financement du cinéma. D’où la naissance de la circulaire 416, qui autorise les banques à prêter aux producteurs de l’argent avec deux ans de grâce, des taux dérisoires sur une période de 16 ans. Néanmoins, ce n’est pas la panacée, les banques réclament toujours des conditions et des garanties aux producteurs. Avec la banque centrale nous essayons de favoriser l’obtention de crédit auprès des banques.

Outre la production, la distribution semble parfois être un frein au développement du cinéma au Liban.

En effet. C’est bien de pouvoir produire un film, mais encore faut-il qu’il soit vu. Il y a un problème local, puisque l’exploitant, dans une démarche de rentabilité, ne maintient pas le film si celui-ci ne fait pas suffisamment d’entrées. Les majors américaines leur demandent aussi une présence importante de leur film en salle. Face à cela, les films libanais ne peuvent pas rivaliser sauf si c’est un grand succès.
C’est pourquoi nous travaillons aussi sur un soutien à la distribution, en partenariat avec les municipalités de pays francophones. Ce mécanisme sera annoncé en mars prochain, il permettra aux films de rester plus longtemps à l’affiche.
Plus largement, c’est aussi un des objectifs de notre fonds; Nous souhaiterions non seulement financer le film, mais aussi l’aider dans sa promotion et sa distribution.

Comment voyez-vous évoluer le cinéma libanais à l’avenir ?

Je pense que le cinéma libanais est arrivé à maturité aujourd’hui. Pour prendre un exemple parmi d’autres, nous n’avons jamais eu autant de films sélectionnés à Cannes qu’en 2016. La production peut encore croître, mais nous sommes un petit pays. Il me semble que le chiffre de 15 à 20 films par an que nous avons atteint doit surtout être consolidé. Nous devons faire en sorte que les films soient, lorsque c’est nécessaire, de meilleure qualité, en travaillant sur nos faiblesses, notamment le scénario. A ce titre, nous continuons d’organiser notre atelier d’écriture dans sa 6e édition, animé par des scénaristes français ou francophone au profit de cinéastes libanais que nous sélectionnons au préalable.


par Hugo Lautissier