LUCIEBOUILLERET
Lucie Bouilleret est directrice de production pour 3B et Tessalit Productions.
Elle a suivi le développement, la préparation et le tournage de L’Insulte, le prochain long métrage de Ziad Doueiri.


L’Insulte est une co-production entre plusieurs sociétés et pays, quel a été le rôle de chacun?

Tessalit Productions (Jean Bréhat et Rachid Bouchareb) et Rouge International (Julie Gayet et Nadia Turincev) sont les coproducteurs délégués du film et ont travaillé ensemble sur le développement et le montage financier et artistique du film.
Tessalit était ensuite en charge de la production exécutive pour laquelle nous avons collaboré avec Ginger Beirut qui s’est occupé de tout le casting, des repérages avec Ziad Doueiri et de la mise en place et organisation du tournage au Liban.

Pouvez-vous nous parler de l’organisation du tournage et de la manière dont vous avez travaillé avec Ginger Beirut ?

Nous avons commencé à tourner en juin 2016 et, dès la fin de l’année 2015, j’ai commencé à être en contact régulier avec l’équipe de Ginger.
Ensemble, nous avons d’abord fait plusieurs estimations et simulations budgétaires pour décider si nous allions tourner ou non une partie du film en Belgique.
L’intérêt financier était finalement minime, c’était évidemment plus judicieux sur le plan artistique et plus confortable de tourner l’intégralité du film au Liban.
Je suis partie au Liban en avril pour la préparation et ai réellement commencé, à ce moment là, à travailler en lien étroit avec Ginger Beirut sur les questions logistiques.
Abla Khoury et Lara Chekerdjian forment un tandem formidable: Abla est extrêmement proche du plateau et des équipes et Lara prend en charge les démarches administratives, les demandes d’autorisations et fait un travail relationnel très important auprès des gens du quartier, des propriétaires et des institutions, essentiel pour les repérages et le tournage.
Nous avions une plus grosse équipe en préparation que pour un tournage classique français, avec plusieurs fixeurs qui travaillaient chacun sur leur dossier et leur décor par exemple. C’est une méthode très adaptée au Liban, où les négociations et le travail de terrain peuvent être longs pour accéder à un décor mais où tout est a priori possible. Elle permet d’être prêt bien en amont, souvent plus tôt que pour un film tourné en France, où on continue toujours à négocier les décors tandis que le tournage a déjà commencé. C’est ce qui nous a permis de tourner dans des décors difficiles d’accès comme à la maternité d’un véritable hôpital, au tribunal, ou dans le camp palestinien de Mar Elias.

Où avez-vous tourné et pendant combien de temps?

Le tournage a duré huit semaines et s’est tenu presque uniquement à Beyrouth, notamment dans le quartier de Fassouh où nous avons tourné pendant près de trois semaines puis au tribunal pour la même durée. Il y a aussi eu une journée à Damour. Il était initialement prévu de tourner une journée à Tripoli mais nous avons finalement pu éviter un déplacement en trouvant le décor adéquat à Beyrouth.

Y a-t-il des aspects du projet ou du contexte de travail qui vous ont demandé une attention particulière ou vous ont posé problème ? Pourquoi ?

On ne retrouve pas exactement la même hiérarchie et la répartition des tâches par poste qu’en France. Des équivalences sont difficiles à trouver et ce n’était pas toujours évident pour moi de savoir à quelle personne m’adresser au sein de l’équipe en fonction de mes demandes.
Au Liban, il n’y a pas comme en France, la cellule de production classique, composée du directeur de production, de l’administrateur et du secrétaire de production qui suivent ensemble le tournage. Les choses se font plus naturellement en fonction des besoins et du moment, les gens sont plus polyvalents. C’est sans doute aussi parce qu’en France la partie administrative est bien plus lourde.

Quel point positif retenez-vous de cette expérience ? Quels sont les atouts du Liban en matière de tournage ?

C’était impressionnant et formidable d’avoir affaire à une équipe si impliquée et si enthousiaste à l’idée de faire ce film et de travailler avec Ziad Doueiri. C’est un réalisateur qui dégage une énergie folle et qui sait la transmettre aux gens qui œuvrent à ses côtés. L’équipe était plutôt jeune, composée de gens qui ont de nombreuses compétences, qui sont extrêmement curieux, passionnés. Cet investissement très fort de chacun a rendu les choses particulièrement agréables.
Il faut savoir également qu’il n’y a pas d’agents artistiques au Liban et j’ai eu l’impression d’un rapport bien plus direct avec les acteurs comparé à la France, d’une osmose avec le reste de l’équipe et d’une simplicité dans la relation avec eux.

par Lisa Giacchero