gabrielle dumon
Gabrielle Dumon est productrice pour Le Bureau, société française qui a coproduit avec Abbout Productions et Rebus Film, Tramontane, premier long-métrage de Vatché Boulghourjian, présenté à La Semaine de la Critique de Cannes 2016.

Comment avez-vous rencontré Vatché Boulghourjian et décidé de coproduire ce projet ?

Un de mes associés, Tristan Goligher, était consultant pour la première édition du Venice Biennale College Cinema en 2013, où Vatché présentait son projet avec Caroline Oliveira (Rebus Film productions). A son retour, il m’a fait lire une première version du scénario, j’ai vu les court-métrages de Vatché et notre collaboration a débuté en échangeant des notes sur le projet.
Nous avons appris à nous connaître au cours de ces mois de développement et de réécriture par Skype.
Il était déjà clair que Vatché avait beaucoup de profondeur, une vraie maîtrise de la mise en scène, des intentions déjà très affirmées sur son projet et une histoire forte. Il avait, en plus, cette capacité à intégrer un problème, une remarque sur le scénario et à y répondre avec une solution très personnelle.
Toutefois, sans producteur libanais avec une expérience solide à nos côtés, je ne pouvais pas m’engager sur ce premier film. Et au bout de quelques mois, Caroline et Vatché m’ont appris qu’Abbout productions était intéressé par le projet.


Un tournage au Liban, dans une région souvent agitée et instable, vous a t-il inquiétée en tant que productrice ? Que retenez-vous finalement de cette expérience ?

Je n’avais aucune expérience de production dans cette région. En revanche, je connaissais suffisamment la situation politique de ce pays pour savoir que si j’avais dû m’en occuper directement, j’aurais dû refuser ! L’engagement d’Abbout a réellement été essentiel dans l’équation.
Par ailleurs, les histoires qui m’attirent ne sont pas en général des histoires confortables dans des endroits confortables. Mais je fais confiance aux gens avec lesquels je travaille et à la capacité qu’ils ont à fabriquer.
Grâce à ce que j’ai appris au cours du développement puis des discussions de montage avec Vatché, je suis convaincue qu’il existe au Liban, des histoires à raconter susceptibles d’avoir un retentissement très large. Je m’y suis rendue pour la première fois à l’occasion du tournage, merveilleusement accueillie par toute l’équipe d’Abbout. Ce qui m’y a frappée, c’est ce sentiment paradoxal de grande unité culturelle, cette énergie incroyable qu’on trouve là-bas davantage que dans des pays aux industries cinématographiques plus installées. Je ne parle pas uniquement des conditions de production mais bien de l’investissement personnel de chacun. Ce séjour, la rencontre avec Vatché, cette expérience de tournage dans un climat de travail sérieux mais aussi festif et joyeux, ce fut une grande claque, une découverte !

Comment vous êtes-vous répartis les rôles avec Abbout productions et Rebus Film ?

A partir du moment où Abbout a rejoint le projet, c’est allé relativement vite, tant sur les dernières versions du scénario que sur le financement. En un an, le projet a été sélectionné par différentes plateformes (Sundance Lab, Crossroads à Thessaloniki où on a remporté le prix Arte) et obtenu la plupart des aides demandées (Doha Film Institute, Aide aux cinémas du monde).
Alors que j’étais retenue à Los Angeles pour un autre film que je produisais, Abbout et Rebus ont obtenu les derniers financements au Moyen Orient (prévente ART, AFAC, investisseurs privés) et décidé de lancer le tournage du film sur lequel j’ai été peu présente. J’ai pris le relais sur la post-production (montage image, mixage, étalonnage) qui s’est faite en majeure partie à Paris chez Film Factory, et avec le soutien de Enjaaz et du World Cinema Fund Europe.
Nous avons réussi à mener à bien ce projet sans dépassement, sans panique.
C’est une collaboration qui a extrêmement bien fonctionnée et nous avons très envie de retravailler ensemble sur le prochain film de Vatché.

Le Bureau a aussi une activité de vendeur international et assure donc directement les ventes de Tramontane à l’étranger. Quels en sont les avantages ?

C’est un choix que nous avons fait assez tôt et dont nous sommes tous contents, puisqu’il nous a mené à la Semaine de la Critique et aux ventes qui ont découlé de cette sélection. Le projet de Tramontane avait été sélectionné dans plusieurs marchés et intéressait des vendeurs. Mais nous savions que pour un premier long-métrage en langue arabe, les MG internationaux (minimum garanti) sont très difficiles à obtenir et que les possibilités de financements privés du film se retrouveraient grevées par des conditions imposées par un vendeur.
On développait, depuis déjà plusieurs années, une activité de vente de films de catalogue via « The Bureau sales ». Disposant d’une équipe de ventes présente sur tous les marchés et d’un solide réseau à l’international, nous avons décidé d’assurer les ventes de certains des films que nous produisons ou coproduisons : c’est le cas de Tramontane donc, du prochain film de Andrew Haigh « Lean on Pete », ou encore du prochain film de Matt Porterfield « Sollers Point », dont le financement américain provient majoritairement de fonds privés.
En conservant les mandats internationaux de ces films, nous limitons les intermédiaires et gardons ainsi la maîtrise des conditions de redistribution de recettes aux producteurs et aux talents sur l’ensemble de leur exploitation.

par Lisa Giacchero