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Dima el Horr est la réalisatrice de plusieurs courts métrages, et du long métrage Chaque jour est une fête.
Elle vit entre la France et le Liban, et a enseigné plusieurs années le cinéma à LAU (Lebanese American University). Elle vient de publier aux éditions de l’Harmattan Mélancolie libanaise, le cinéma après la guerre civile dont la signature s’est tenue à l’Office du tourisme du Liban à Paris le 3 novembre dernier.

Qu’est-ce qui a déclenché votre envie d’écrire cet ouvrage consacré au cinéma libanais ?

Cet ouvrage reprend en fait le texte de ma thèse de doctorat soutenue en 2014, (Université Paris-Est, Paris 12, Créteil). Alors que je commençais à écrire Chaque jour est une fête, la guerre de 2006 a éclaté et a inévitablement affecté mon travail sur ce scénario. La mélancolie, la solitude ont peu à peu pris place dans ce film qui était, au départ, une comédie, et de nombreuses questions ont commencé à émerger. Cette expérience m’a conduite à réfléchir au cinéma libanais en général, sur la façon dont nos différentes guerres ont influencé les cinéastes, habité nos films et permis de commencer ce travail de recherches.
Centrer mon étude sur la période de l’après-guerre civile, période d’un renouveau cinématographique et celle à laquelle j’ai commencé à travailler, m’est alors apparu comme une évidence.

Vous consacrez également une partie importante de votre ouvrage à des films plus anciens, puis choisissez l’angle de la mélancolie pour parler des films de vos contemporains, pour quelles raisons ?

Il était essentiel pour moi de consacrer une partie du livre à l’histoire du cinéma libanais et de dresser très tôt un parallèle entre l’histoire du Liban et son cinéma.
Ce retour en arrière était primordial pour aborder et comprendre ensuite le cinéma de l’après-guerre. La mélancolie et la fragmentation du récit qui sont caractéristiques des films de ma génération et dont je parle ensuite, sont, d’une certaine manière, déjà présentes, en gestation, dans des films antérieurs.
Des cinéastes comme Randa Chahal Sabbag, Maroun Bagdadi, Jocelyne Saab ou Borhane Alaouie ont rompu avec une vision lisse et brillante du pays, porté un regard engagé sur la réalité et amorcé quelque chose de nouveau, de moderne dans la façon de raconter des histoires.
Le cinéma de l’après-guerre, lui, est travaillé par cette même réalité, mais de façon plus diffuse, inconsciente. Il exprime le mal-être existentiel d’une génération égarée dans le présent, confrontée à l’exil et la disparition de proches. C’est un cinéma qui met en scène des personnages absents, fantomatiques, une forme de résignation et d’inaction, et qui s’éloigne, bien souvent, des codes du récit classique comme dans les films de Ghassan Salhab à qui je consacre un chapitre du livre.

Vous êtes cinéaste et libanaise ; en quoi cela modifie t-il votre point de vue sur ce sujet et comment avez vous abordé la question de la distance nécessaire à tout travail d’analyse?

Effectivement, j’appartiens à cette période que je décris. Giusy Pisano, ma directrice de thèse a été formidable et a fait preuve d’une grande générosité et curiosité. Elle m’a encouragée à sortir d’une démarche purement académique, à assumer un point de vue extrêmement personnel sur ce sujet lié à ma propre expérience et à mon métier, à en faire un atout. Ce livre est donc le fruit d’une réflexion sur le cinéma libanais mais aussi d’un travail plus intime.

Une grande partie du cinéma libanais est peu diffusée, même auprès du public libanais. Durant mon cursus universitaire au Liban, nous étions davantage portés sur les films européens et américains. J’ai mené d’importantes recherches pour retrouver et voir certains films et tenté de mêler, dans cet ouvrage, éléments de contexte historique, approche esthétique et considérations plus pratiques sur la production et la diffusion des films au Liban. Ce travail de mémoire sur l’histoire du pays passait aussi, pour moi, par la revalorisation de son cinéma et de son industrie cinématographique.

J’ai aussi toujours été frappée par le manque de solidarité entre les réalisateurs au Liban, la concurrence qui existe entre nous. Pendant des mois, j’ai passé du temps à voir et revoir les films des autres, en observant nos points communs, ce qui nous rassemble. En ce sens, ce projet m’a énormément apaisée. Il m’a permis de m’interroger sur mon rapport au Liban, mais aussi de trouver ma place en tant que cinéaste dans l’histoire du cinéma libanais.

Quelle est votre actualité ?

J’ai écrit un deuxième long métrage de fiction. C’est souvent difficile d’obtenir des financements pour un deuxième film en France et j’ai eu envie de travailler en parallèle, plus librement et dans des délais moins contraignants, sur deux documentaires très personnels, des histoires de femmes que je tourne en ce moment.


par Lisa Giacchero