Anne-Dominique Toussaint , Productrice
Anne-Dominique Toussaint est productrice. Elle a créé en 1989 Les films des Tournelles, puis Les Films de Beyrouth en 2005, et produit de nombreux films dont Place Vendôme, Respiro, Les beaux gosses et les deux films de Nadine Labaki Caramel et Et maintenant on va où ?

Que connaissiez-vous du Liban au moment de votre rencontre avec Nadine Labaki ?

Quand j’ai rencontré Nadine Labaki à l’occasion du Beirut International Film Festival en 2003, je ne connaissais rien au Liban et je n’imaginais pas produire un film dans ce pays un jour.
J’ai eu très envie de travailler avec elle et mon intention était de m’associer à un producteur libanais pour coproduire Caramel. Je suis retournée plusieurs fois au Liban pour suivre l’écriture du projet et essayer de rencontrer des partenaires, mais je ne voyais pas bien avec qui m’associer. Le projet avançait, j’ai eu un coup de foudre pour ce pays et j’ai alors décidé de créer une structure de production au Liban, Les films de Beyrouth, pour coproduire directement avec ma société française, Les Films des Tournelles.

Pouvez-vous nous parler de la façon dont s’est passé le tournage de Caramel, de la constitution de l’équipe, puis de votre collaboration avec Ginger Beirut, production exécutive sur Et maintenant on va où ?

Évidemment comme pour n’importe quel film, il y a des joies et des difficultés. Mais contrairement à ce que j’aurais pu penser, il y a, au Liban, une manière extrêmement professionnelle de travailler.
J’ai fait venir de France un directeur de production et une assistante réalisation car cela me rassurait d’être avec des gens que je connaissais pour la partie logistique et l’organisation, ainsi qu’un ingénieur du son. Cependant, tout l’aspect technique et artistique du film – image, décors, lumière, costumes, musique – a été confié à des professionnels libanais.
Avant Caramel, Nadine travaillait déjà régulièrement sur des publicités et des clips avec plusieurs personnes dont son chef opérateur image, Yves Sehnaoui. Nous avons choisi Abla Khoury comme deuxième assistante mise en scène et Nadine connaissait Lara Chekerdjian qui n’avait, il me semble, encore jamais fait de cinéma. Abla et Lara se sont connues et fréquentées à ce moment-là, ont appris à travailler ensemble au sein de l’équipe et ont créé leur structure Ginger Beirut après l’expérience de ce tournage. Sur Et maintenant on va où ? j’étais, comme pour Caramel, productrice déléguée et exécutive mais j’ai tout naturellement fait appel à Ginger Beirut sur la partie opérationnelle du film : régie, assistanat, logistique du tournage.

Pour Et maintenant on va où ?, vous avez tourné dans des villages différents, comment le choix de ces décors s’est-il imposé à vous ?

Le village où se déroule l’action héberge une population à la fois chrétienne et musulmane, et les femmes des deux communautés s’allient pour empêcher les hommes de faire la guerre. Nadine a fait de nombreux repérages à travers tout le pays, et a choisi Taybey, un village situé dans la plaine de la Bekaa réellement chrétien et musulman où comme dans l’histoire, la mosquée est à côté de l’église, ce qui nous a permis de les filmer dans le même plan.
Pour les séquences se déroulant à l’intérieur du village, nous avons tourné à Douma. Nos contraintes de repérage et le hasard ont fait que nous avons choisi ces deux villages, l’un sur une terre majoritairement chiite, l’autre dans la région chrétienne. Quand on connaît l’histoire du film, c’est extrêmement symbolique.

Quels sont les atouts du Liban en matière de tournage ? Avez-vous également pu profiter d’autres aspects du pays ?

Il y a au Liban des choix de décors très variés : la mer, la montagne, des villes, des équipes techniques très expérimentées, du matériel et des gens habitués aux tournages de cinéma.
J’ai eu l’occasion de passer beaucoup de temps au Liban, et j’ai développé un lien affectif avec ce pays. Je suis plutôt une fille de la ville et j’adore Beyrouth que je trouve vivante, enthousiasmante et où je sens une vivacité artistique très forte.

Un film peut-il contribuer à faire évoluer l’image d’un pays ?

Oui, un film peut, en douceur, faire passer des idées et des messages.
Caramel, en présentant des femmes de confessions, d’orientations sexuelles et d’âges différents dans un film lumineux a, je pense, offert une nouvelle image du Liban, contraire à certains clichés sur les femmes du Moyen-Orient et sur le pays.

Avez-vous d’autres projets liés au Liban en prévision ?

J’ai ouvert à Paris la Galerie Cinéma où j’expose actuellement une série de photos réalisée par Danielle Arbid, autre réalisatrice libanaise, et des œuvres de la plasticienne Lamia Ziade. Cette nouvelle collaboration avec des femmes de cette région me rend très fière.
Je suis également ravie de rejoindre très prochainement Nadine Labaki à Beyrouth pour qu’elle me fasse découvrir le scénario de son prochain film, sur lequel nous allons retravailler ensemble.

par Lisa Giacchero