Le rôle du producteur est de relier l’argent et les talents. Au Liban, nous n’avons pas de politique institutionnelle, mais nous avons une visibilité médiatique et surtout beaucoup de know how. Le système D prime.

Il faut partir du principe qu’il y a des financements. A partir de leurs structures festivalières, les pays arabes par exemple commencent à mettre en place des fonds. Et c’est là que le producteur entre en scène pour établir des liens entre les réalisateurs, leurs films et les financements éventuels. Et je vais même plus loin en essayant de démontrer que le travail du producteur est aussi d’accueillir le film en amont, c’est-à-dire de donner à des réalisateurs talentueux les moyens financiers de pouvoir écrire un scénario bien ficelé et bien construit. On manque de muscle et de sang dans les histoires. Donc il est important à mes yeux d’accompagner depuis le début le réalisateur. C’est ce que je fais aujourd’hui avec des réalisateurs comme Joana Hadjithomas et Khalil Joreige ou encore Elie Khalifé. Je prends le risque de la première étape. Je vise aussi à encourager des Libanais à investir dans le cinéma, à prendre des risques. Au Liban actuellement, il n y a pas vraiment de producteurs, c’est pourtant un maillon très important dans la chaîne du film.

Quels conseils donneriez-vous à des jeunes réalisateurs qui sont ici pour trouver un financement pour leur film ?

La clé des contacts à Cannes est de présenter un dossier très complet contenant tous les éléments inhérents à son travail, synopsis, lettre d’intention… Il faut prendre des rendez-vous à l’avance en connaissant bien les catalogues des producteurs pour identifier celui dont le travail ressemble au sien et qui s’intéressera à son projet. Il faut aller vers des producteurs libanais et des producteurs français qui travaillent avec l’Orient parce qu’il y a des accords. Il faut lancer des bouteilles à la mer, 40, 30 bouteilles. Le producteur ce n’est pas l’Arlésienne on peut le trouver.

Et vous que défendez-vous actuellement ?

Je suis ici pour vendre Balle perdue (Stray Bullet) de Georges Hachem, un film monté et terminé. J’établis des contacts avec les distributeurs dans les territoires arabes et aussi en Europe. Dans notre catalogue de projet également “The Mountain” de Ghassan Salhab en post-production, un film conceptuel avec un design sonore, un seul acteur, l’histoire d’un homme qui laisse glisser dans la solitude pensant pouvoir ainsi aller mieux. Ce film dense doté d’une grande force a interpellé Serge Lalou qui va le co-produire.
En pré-production aussi le documentaire de Joana Hadjithomas et Khalil Joreige Lebanese Rocket Society qui raconte la formidable aventure d’un groupe d’étudiants du collège Haïgazian qui ont lancé dans les années soixante des fusées à partir du territoire libanais. Et enfin en développement Trempoline de Elie Khalifé ou le désarroi de deux sexagénaires qui décident de mettre du piment dans leur vie en braquant la banque du village où ils vivent.