Ahmad Ghossein (Liban), déjà auteur de plusieurs courts métrages, vidéos et documentaires remarqués comme My father is Still a Communist ou The Fourth Stage présenté en 2015 au Forum Expanded de la Berlinale, a travaillé avec Lucie La Chimia (France), diplômée de L’Ecole Nationale Supérieure des Arts Décoratifs (ENSAD–Paris) et auteur d’un court-métrage d’animation, Les Macaronis.

White noise raconte l’histoire de Saïd qui effectue sa première nuit de surveillance en tant qu’agent de sécurité, posté sous un pont au milieu du centre ville de Beyrouth. Muni d’une lampe torche et d’un talkie-walkie, il tente, du mieux qu’il peut, de faire son travail.

Comment avez-vous débuté cette collaboration ?

Ahmad- Nous avons commencé par nous parler des films que nous regardions, des livres que nous lisions, de la musique qui nous plaisait.
Lucie- C’est un peu comme un premier rendez-vous amoureux mais avec quelqu’un avec qui nous allions travailler !
A- Le challenge fut ensuite de trouver la manière dont nous allions écrire ensemble. C’est de la préparation, du travail, mais surtout une histoire de chimie et d’écoute.
L– Nous avons tous les deux fait des films sur nos familles auparavant, en utilisant un langage bien spécifique. Il y a quelque chose de commun dans nos parcours et avant même de nous pencher sur l’histoire à proprement parler, nous étions assez d’accord sur le type d’univers que nous souhaitions mettre en scène.

Justement, parlez-nous de l’atmosphère de votre film, de ce que vous avez cherché à mettre en scène.

A- Dans un décor unique, sous un pont, nous voulions parler de l’agressivité de la ville. Nous avions envie d’un climat qui n’est pas totalement irréel mais qui parvient à faire sourire, à amuser.
L- Nous sommes partis de situations libanaises, mais en essayant de trouver des choses amusantes qui pourraient aussi s’inscrire dans des contextes culturels différents.
A- Même la fin du film, qui met en scène le passage d’un endroit sale et misérable à un « beau quartier » – celui de Solidère à Beyrouth qui est très identifiable – peut être compris par quelqu’un qui ne s’est jamais rendu au Liban. On trouve ce genre de quartier neuf et impersonnel rempli d’enseignes célèbres dans de nombreuses villes.
Nous avons également porté une attention toute particulière sur le rythme dans tout le film.

Comment avez-vous travaillé ensemble sur le plateau ?

L- Mon premier film est un film d’animation, c’était donc mon premier tournage. J’avais besoin de m’appuyer sur l’expérience de Ahmad et nous avons essayé d’être complémentaires.
A- Nous avons dû faire quelques ajustements après le premier jour de tournage en réalisant que Lucie, dont c’était la première expérience de plateau, était non seulement la seule à ne pas parler arabe mais aussi une des seules femmes sur le plateau. Il fallait changer un peu la dynamique de travail pour qu’elle puisse véritablement trouver sa place.
L- Après ça, j’étais le regard et Ahmad la parole. J’observais, nous nous concertions et il prenait la parole auprès de l’équipe.
A- C’est tellement compliqué de mettre deux réalisateurs à la tête d’une même équipe, ça demande de la bienveillance et de la confiance. C’est vraiment le projet qui doit passer au premier plan, pas l’égo.

par Lisa Giacchero