La jeune réalisatrice Mounia Akl (Liban), dont le court métrage Submarine était présenté en sélection officielle à la Cinéfondation à Cannes l’an dernier, a travaillé avec Neto Villalobos (Costa Rica), déjà réalisateur d’un premier long-métrage, Por las Plumas, sélectionné aux festivals de Toronto et de San Sebastian.
Ensemble, ils signent El Gran Libano, un film à l’atmosphère toute particulière qui met en scène les retrouvailles d’un frère et d’une sœur, après dix ans de séparation. Il se réveille au bord d’un lac, entouré de poissons morts, tandis qu’elle l’attend avec un cercueil.

Quelles étaient vos attentes et vos appréhensions éventuelles avant de vous rencontrer et de débuter cette collaboration ?

Mounia – Mon appréhension principale était de tomber sur quelqu’un avec qui j’aurais eu du mal à communiquer, quelqu’un qui n’aurait pas l’ouverture d’esprit et la générosité nécessaires pour ce genre de projet. Mais il m’a suffi d’une seule conversation sur Skype avec Nato pour comprendre que ce ne serait pas un problème, mais également que nos différentes cultures constitueraient un atout.

Nato – Nous sommes parvenus à mêler nos deux cinémas, nos idées, à tel point que nous ne savons plus nous-mêmes dire clairement ce qui est de moi et ce qui vient de Mounia dans le film.

M – Cela faisait longtemps que je souhaitais intégrer davantage d’humour dans mon travail. C’est une chose avec laquelle Nato est à l’aise dans ses films. Nous voulions tous les deux éviter le drame, et faire survenir l’humour d’une situation désespérée, celle d’une famille où le dialogue est rompu.

N – Nous avons très vite été d’accord sur le ton et sur le découpage très spécifiques dont nous avions envie pour ce film. Ce sont des choses assez radicales qui ne fonctionnent pas sans adhésion totale. Nous avons donc eu beaucoup de chance de tomber l’un sur l’autre.


Comment vous êtes-vous répartis les tâches pendant le tournage ?

M – Il y a des réalisateurs qui, sur un plateau, aiment faire une chose en particulier. Or, Nato et moi aimons tous les deux tout faire ! Nous avons réussi à nous compléter, à nous relayer. Nous regardions ensemble la prise, discutions de ce qui nous plaisait ou de ce qui ne fonctionnait pas, et ensuite nous nous répartissions les tâches : « tu parles à Souraya l’actrice, je parle à Georges l’acteur » etc… Nous faisions ensuite différemment pour la prise ou le plan suivant. Cette manière de travailler a facilité les choses pour l’équipe, ils n’ont eu qu’un interlocuteur à la fois et si nous n’étions pas d’accord sur quelque chose nous en parlions d’abord tous les deux à l’écart.

N – Mais nous n’avons jamais été en réel désaccord ! Il s’agissait davantage de propositions, d’idées ou de quelque chose qui ne réussissait pas totalement à convaincre l’un d’entre nous et que nous pouvions essayer un peu différemment par exemple.

M – Nous étions dans un dialogue continu, et ce, à toutes les étapes de la fabrication du film, de l’écriture au montage.

Comment avez-vous choisi les membres de votre équipe ?

M – Il y a plusieurs personnes avec qui j’ai l’habitude de tourner au Liban. Nato me faisait confiance et était d’accord pour que nous travaillions avec ces gens que je connaissais déjà bien, comme Joe Saade, le chef opérateur image, Issa Kandil, le chef décorateur. D’autres postes ont été occupés par des personnes qu’Abbout nous a recommandées et qui furent de merveilleuses rencontres comme Dzovig Torikian, notre première assistante qui a su installer une ambiance incroyable sur notre plateau, un véritable ange gardien !

N – Pour moi évidemment, tous ces visages étaient nouveaux, mais j’ai vraiment eu le sentiment que nous formions une équipe très soudée.

Que retenez-vous de cette expérience si particulière ?

M – J’ai réalisé que faire des films devrait toujours ressembler à ça: un groupe de gens qui travaillent dur et qui s’amusent ensemble. Je ne veux pas travailler avec des gens avec qui je ne m’entends pas. La vie est courte et faire des films est souvent compliqué, ce doit être une belle expérience sur le plan humain et créatif. J’ai également trouvé en Nato un ami et un interlocuteur formidable.

N – Réussir à tourner dans un pays où je ne m’étais jamais rendu auparavant, avec une équipe de gens que je ne connaissais pas et pas toujours dans une langue que je comprends, m’a donné de l’assurance dans ma manière de réaliser et de travailler.
C’est également précieux de pouvoir continuer à se faire lire nos projets respectifs, à partager nos expériences de travail avec Mounia. C’est le genre d’amitiés professionnelles que l’on partage avec des camarades rencontrés à l’université. Nous pourrions très facilement retravailler ensemble.

par Lisa Giacchero