Mustafa Shakarchi a été l’un des jeunes réalisateurs les plus dynamiques parmi ceux dont le court-métrage a été sélectionné pour le Liban (au Short Film Corner). Inlassablement, il a parcouru les allées du Marché du Film, distribuant ici un prospectus, là un dvd, demandant des conseils, posant des questions…en un mot défendant son premier film. Repartant demain matin, il était temps de poser quelques questions à ce natif de Bagdad installé aux Etats-Unis et amoureux du Liban (et d’une Libanaise…).

De quoi parle ce premier court métrage qui semble avoir eu tant de succès ?

(Sourire) C’est vrai que la petite salle de projection que nous avions réservé pour présenter “Noor” était comble et que nous avons dû refuser du monde, ce que je n’aurais jamais imaginé. “Noor” raconte l’histoire d’une jeune Palestienne réfugiée au Liban, et des difficultés qu’elle rencontre dans sa vie quotidienne à cause de son statut de réfugiée (synopsis). Je n’ai pas voulu traiter ce sujet d’un point de vue partisan, mais uniquement d’un point de vue des droits de l’humain.

Pourquoi avoir abordé un tel sujet sous cet angle ?

En vérité, il s’agit d’une l’histoire d’une petite fille de 10 ans que j’ai rencontré à Saïda lorsque j’étais venu demander la main de ma future femme. Assis à un café, je l’ai aperçu en train de vendre de la verroterie. J’ai alors commencé à lui poser des questions, et, pour éviter d’attirer les soupçons de l’homme qui l’employait et qui nous observait, je lui ai acheté petit à petit tout son stock pour pouvoir discuter avec elle. Lorsqu’elle m’a dit que son rêve était de devenir professeur, j’ai été complètement bouleversé. Comment un enfant aussi démuni pouvait avoir pour préoccupation principale d’aider d’autres enfants ? J’étais d’autant plus ému que ce genre de scène n’existe quasiment pas aux Etats-Unis, où je vis ; des organisations y font un travail formidable pour sortir les enfants de la rue.

Les enfants dans leur innocence nous renvoient souvent à nos failles :

Tout à fait, j’étais très intéressé par la symbolique de l’enfant dans ce court-métrage car ils représentent le futur en quelque sorte. Ce seront eux qui briseront nos chaînes, et cette affirmation a particulièrement du sens dans le contexte actuel de la région. Avec ce film il n’est pas question d’accuser l’un ou l’autre, mais de nous regarder dans un miroir et d’assumer nos propres erreurs ; souvent les Arabes ont tendance à blâmer les autres pour tout, alors qu’ils sont en partie responsables de ce qui leur arrive.

Après un bilan très positif à Cannes, quels sont vos projets ?

Mon but maintenant est de réunir les fonds pour transformer ce film en long-métrage. La tâche est d’autant plus urgente que la fillette qui joue “Noor” et dont la performance est ahurissante grandit vite. Je voudrais pourtant tourner ce nouveau film avec elle, et Yasmine Al Masri est très intéressée de jouer le rôle de l’institutrice, ce qui me réjouit car c’est une grande actrice ! Avant de finir je voudrais juste remercier l’équipe de “A 35mm de Beyrouth” pour l’aide inestimable qu’ils m’ont apporté ; sans eux ce festival n’aurait pas été aussi fructueux !

By Coline Houssais